17/01/2006

L'Effacement du vide, un texte à propos de ma résidence au Monastère de Saorge (06), commande avortée pour cause de ponctuation atypique...

Et il n'y aura, pas de verre à accrocher aux murs du Temps, aucun miroir dans nos cellules, du Monastère, où se plonger éperdument. Seuls des fragments, minimes - un miroir, de poche ? - dans lesquels regarder des bouts, de son corps, pour oser espérer vraiment. Le jour un doigt, le nez, une oreille, un œil le menton, un genou si j'osais, le miroir, petit, rond, n'accepte rien d'autre que des éléments, d'un corps morcelé que sinon je pourrais jeter, aux cinq coins de la pièce (une cellule !). Et chaque soir c'est la même histoire, une histoire, ancienne, où je suis, dans ma cellule saorgienne, et où j'attends. J'attends, que la nuit tombe, pour exister vraiment. La nuit, tombe, alors que je suis à ma table de travail, et avale, la montagne qui obstrue, ma fenêtre. Je m'y vois. C'est le seul moment de la journée où j'existe ? J'existe enfin parce que je me vois, dans la fenêtre devenue, noire, du noir de tant de nuits en ce village du bout de la vie. Je suis là, dans la fenêtre, face à moi-même qui existe enfin, à ma table. Je suis moi ? Je suis là. Deux fois. Mon corps n'est plus éparpillé il est rassemblé là, une partie en tout cas, qui se reflète. Dans la fenêtre. Et je tends la main. Je tends la main je m'efface ! J'efface cette idée de moi reflétée sur la fenêtre. J'efface mon corps tout juste retrouvé, une partie en tout cas, donc j'efface, mon seul visage pour le moment.Puis j'ouvre. J'ouvre grand la fenêtre et je sors dans la nuit, je sors dans la vie. Et j'efface, la montagne ! Face à la cellule 8 il n'y aura plus d'obstacle mis là, comme pour me narguer. Puis j'avance et j'efface, les montagnes alentour lancées vers le ciel, comme pour une prière. Et je continue. J'efface ! J'efface ce village de lumières suspendu au corps du vide comme au bord d'en lui-même, j'efface ses ruelles ses goulets son vertige, new-yorkais, le cri de sa rivière les chants, de ses chasseurs, ses escaliers ses portes, closes, ses rires ses silences, ses brumes ses râles, les cris de tous leurs chiens, le pas des mornes spectres et aussi les mots, de tous ces autres insectes ! J'efface. J'efface et je me retourne et il n'y a plus, rien, sinon un abîme au bord d'en lui-même, une montagne orpheline de ses possibilités, que j'efface également et alors je m'en vais. Et je monte, ce raidillon - ils disent la calade - qui mène au Monastère où j'efface, le cloître et ses onze cadrans solaires - une heure, sera manquante éternellement, suspendue au vide d'ici - la chapelle ses ostensoirs aussi ses lampions de fête, son Christ mutilé aux plaies, béantes, les stigmates de St François la tête du séraphin, la cuisine, paisible, le potager la pergola, la terrasse les chambres - nos cellules ! - j'efface j'efface j'efface ! Et je me retourne. Rien. Je contemple, une nouvelle fois, du vide accroché au bord d'en lui-même. Mon corps, sans visage, il me faudrait l'effacer aussi. J'efface ! Toutes ces parties visibles qui ne servent à rien. J'efface pour mieux comprendre : Le creux au cœur des rêves purs. L'oubli au creux des cœurs trop durs. Cette heure manquante qui me poursuit le jour la nuit ici, alors que je serais tentée d'écrire car ainsi se vit la vie. Le corps effacé, il ne reste qu'une main. Qui ne sait où aller qui erre, dans la nuit d'un noir tel qu'il n'existe qu'ici, une nuit épaisse, dense, enveloppant ce vide au bord d'en lui-même qui s'est étendu ici par la faute de mes gestes, voraces ! Et il n'y aura plus d'yeux, pour regarder vos morts. Et il n'y aura plus de bouches, pour embrasser leurs corps. Les, mauvais, rêves, seront-ils à jamais, effacés eux aussi? Et alors d'un geste dernier j'efface, la lune ! faute de pouvoir l'éteindre tout à fait, les étoiles aussi, je les efface, d'un ciel encré tel qu'il n'existe qu'ici, puis ma main se suspend, au corps du vide qui règne ici, tout comme le silence, et lentement, posément, cherche au bord de cette immensité l'heure manquante qui, du Monastère, avait trouvé à s'échapper.

20:34 Écrit par edith soonckindt | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Je découvre ton texte sur Saorge. A lieu oppressant, ponctuation. Atypique. Normal !
Je comprends bien. Les fantômes et. Le vide.
Magnifique texte, merci.

Écrit par : Cathy | 21/03/2008

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Un merveilleux voyage du Suquet a Saorge Que dire sur sur ce texte on pourait dire qu'il est reposant et donne matière à l'évasion on ce sent dans un monde totalement différent de ce que l'on vit en réalité. La vie de ce monastère a été totalement différente, et tout à fait l'oposé de tout ce que l'on peut lire et entendre aujourd'hui. J'en parle pour y avoir vécu 10 mois de 1950 à 1955 de ces moments là on peut dire qu'ils on été merveilleux. C'etait vraiment la vie au jour le jour, pas de lumière pas d'eau pas de portes aux cellules pas de toilette juste un bassin extérieur avec de l'eau non potable.L'eau potable il falait descendre la chercher au lavoir municipal. Ce qui s'est produit dans ce monastère dans l'été 1951 est une preuve qu'il existe un lien entre la foi et les autres mondes existant dans d'autres galaxies. Pour que ces êtres venu d'un autres monde soient venus ici justement dans ce monastère pour nous,montre bien qu'il y a un lien. Uniquement venu pour nous épiez! et surtout pour voir et étudier tous ces enfants que le monastère ébergeait dans ces années là. Cette venue de l'espace n'est pas une afabulation mais un fait réel dont j'ai été le témoin visuel. D'autre que moi après 57 années passées s'en rapelle encore aujourd'hui. Cela montre qu'un lien exsiste bien entre la pensée la foi et l'espace. Ils ne nous ont pas fait de mal ils sont venus nous observer puis sont repartis comme ils sont venus. Ils nous ont laissé des traces dans le jardin en arrière du monastère. Traces qui ont été comfirmé par un rapport de gendarmerie. Cela est bien loin aujourd'hui.Depuis je revois ce monastère plusieurs fois par an. Je peux vous dire que son âme est morte et n'a plus rien à voir avec ce qu'il à été dans le passé. Auparavant il etait gai accueillant joyeux. De nos jours il est triste et austaire. J'ai mis cette mémoire du passé par écrit. L'histoire de ce livre est écrite comme un enfant la vécue !!
Un merveilleux voyage du Suquet à Saorge
par Lamacchia Gérard
Pour tous ceux qui voudraient avoir des détails
( gerard.lamacchia83@orange.fr )


Écrit par : Lamacchia | 21/05/2008

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De toute beauté !

Écrit par : Nathalie | 04/05/2012

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