17/01/2006

La Femme de la pluie, mon texte préféré, commande avortée aussi pour cause de ponctuation atypique...

Est-ce qu’il pleut, à New York dis, est-ce qu’il y pleut, là-bas et aussi sur ta vie ? Est-ce qu’à New York aussi ça picote et ça clapote, est-ce que tes vitres coulent, de traînées, invisibles et irrésistibles, est-ce que ta vie y est belle à marcher dans des rues, luisantes-haletantes, noires et grises de la pluie de New York qui ne peut-être la même pluie, que celle d’ici ? Vas-tu au tabac du coin sous la pluie new-yorkaise, la petite dame chinoise t’a, t-elle, souri sous la pluie, et connaît-on, jamais, toutes les pluies d’un monde ? Te souviens-tu qu’à Santa Cruz je me cachais, sous une ombrelle, quand le déluge nous recouvrit pour cent et une nuits ?La pluie, à Tokyo, je me demande si elle est douce et sais-tu, sais-tu encore s’il pleut, sur Nantes, autant que sur d’autres vies ? Je l’ai vérifié, moi, j’ai arpenté autrefois les rues de Nantes à cause d’Elle, et j’ai pensé à toi, peut-être même ai-je crié ton nom dans une rue, pluvieuse, de Nantes oui (alors que je ne te connaissais même pas). A Tokyo les karaoke bars sont-ils ouverts quand il pleut tu crois ? Les Japonaises gloussent-elles davantage sous la pluie une main devant leurs bouches, ouvertes, à Tokyo quand les cerisiers perdent leurs pétales, est-il envisageable qu’il pleuve aussi ? En Afrique, on me dit qu’ils attendent (peur peur). Sinon les gouttes au creux des mains, seraient-elles d’autres larmes ? Je t’écris d’ici, le Royaume de la Pluie. Entends, entends ma voix sous la pluie d’ici qui fait, d’infimes éclaboussures. Je ne t’ai pas dit, il faut que je te dise. Hier j’ai vu la femme, la Femme de la Pluie. Elle se promène, nue dehors où il fait froid souvent, à la main elle tient un miroir, de poche fragile, et en avançant elle le racle contre les murs de brique, rouge, ses longs cheveux ondulent sous le vent qui, ici, souvent accompagne la pluie, lourde, à l’image des gens d’ici. Le ciel y est bas le ciel y est, si lourd lui aussi tu le sais n’est-ce pas tu as lu, tant de livres mais sais-tu, seulement sais-tu, si à Hiroshima ils ont tous survécu, cette pluie de, particules, je n’ai pas eu le courage d’allumer la radio aujourd'hui. Hier j’ai dansé, sous une pluie de, confettis ! Et j’ai écrit à cet homme d’autrefois qui voulait me couvrir, autrefois aussi, d’une pluie de pétales, des roses vivantes (oui). Pour notre mariage par contre, y a-t-il seulement eu du riz ? Il faut que je recommence. Ici ciel, métallique, je suis sûre que tu ne connais pas. Et le vent qui s’engouffre, l’eau frémit aussi, toute grêlée de ce ciel, qui pleure à l’envi. Ouvres-tu, ta fenêtre, là-bas à New York où je te vois depuis ici Royaume de la Pluie ? Tu penses à quoi ? Sous la pluie, les pensées sont-elles plus belles et as-tu déjà vu la Femme, cette femme que tout à l’heure je t’ai dit ? Elle marche tu sais je l’ai vue je n’invente pas, son miroir effleure la nuit les murs de brique rouge, sous la pluie que sont les murs d’ici. Va-t-elle jusqu’à toi sans doute ? En quête d’autres pluies, un royaume plus gris ? (peur ?). A Tokyo, il n’y a pas, de brique rouge, je suis presque sûre de cela. A Tokyo cette femme se perdrait sans doute, il n’y a pas de noms de rues, de numéros non plus. Tokyo est cette ville, étrange, où l’on boit des choses vertes et violettes (je crois) et où la pluie, peut-être aussi, a une odeur de soie et non je ne te reparlerai pas d’Hiroshima (la radio demeure éteinte). Les gouttes au creux des mains, seraient-elles encore d’autres larmes ? Et rêve-t-on, au Japon, comme dans d’autres pays ? Je n’ai jamais connu New York sous la pluie, mais Vancouver oui (je pense). Et Prague-Varsovie. A Rome, des gouttes, chaudes. De Montréal je ne veux que la neige (folle, oui), à New York une chaleur, immonde autrefois, alors New York sous la pluie je regrette, que je ne connaisse pas (tu ne m’invites, pas). Paris, sous la pluie, était une chanson fleuve, Amsterdam un canal, d’immondices ou fleuri, Dublin une chanson, triste et Marrakech ou Puebla ou Istanbul, elles n’existent pas. Tokyo à Tokyo sais-tu qu’ils y ont de drôles d’hôtels avec des chambres, microscopiques, à louer pour s’aimer microscopiquement aussi je pense, à l’image de tous ces gens petits. Peut-on s’aimer sous la pluie tu crois, et comment vivent, les Tokyoïtes, ont-ils seulement des larmes sur leurs bras. Si l’on ressort sous la pluie après avoir aimé, penses–tu que l’on se sente mieux, sans doute ? A Nantes, à Nantes, je ne sais pas (mais c’était triste). En Angleterre je n’ai connu que cela, une pluie, vivante aussi, inondant les tasses fleuries d’un thé indien éperdu de lait. En Espagne, là penses-tu qu’il ne pleuve peut-être pas ? (peur aussi peur). Le petit miroir (de poche) vient de tomber, Elle aussi je crois je l’entends, et qui chante ! Je descends voir attends, moi attends et après, tu me diras ? Peut-être, même, verras-tu que c’est devant ta porte, de New York, qu’elle s’est immolée ? Il pleut, dans nos coeurs aussi, est-ce que tu le sais dis-moi, et est-ce que seulement tu le, vois ?

20:18 Écrit par edith soonckindt | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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